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Immersion en espace numérique : le centre social de Chemillé

Portraits
Nous sommes allés à la rencontre de l'espace numérique du Chemillé. Situé au cœur du centre social et culturel de la commune, ce lieu est marqué par une forte implication des habitants et une grande variété d'activités.

SUR LE TERRAIN

Parenthèse historique sur la commune
La Commune de Chemillé a fusionné avec celle de Melay en janvier 2013 puis avec les onze communes de la communauté de communes en décembre 2015.
« Chemillé est la capitale française des plantes médicinales avec un jardin spécialement dédié aux simples, dont plus particulièrement la camomille, clin d’œil à la poétique étymologie. (Wikipédia) »
Le pays de l'Anjou de Chemillé en Anjou est renommé pour son activité horticole, mais aussi pour son passé tisserand. Comme le dit l'expression plutôt moderne « les mauges : usines à la campagne », ce pays a été fortement marqué par des activités industrielles importantes. Il y avait beaucoup d'usines de confections à Chemillé. Des usines portés par le groupe Arc en ciel Salmon, fabriquant de vêtements pour enfants et qui ont délocalisé dans les années 2000. Ce sont d'anciennes ouvrières de ces usines que l'on retrouve aujourd'hui actives dans le Boc@l, le fablab du Centre social et socioculturel du Chemillois.
Un centre social porté par une forte dynamique associative historiquement présente à Chemillé en Anjou.



L'Espace Public Numérique au sein du centre social
Dans une pièce très lumineuse de 40 m², un seul poste fixe est installé. 16 ordinateurs portables sont également disponibles, mais ils sont actuellement rangés dans un placard de l'EPN. On a également un accès wifi libre (sans mot de passe) 6 tables et un vidéoprojecteur.

Immersion dans le quotidien du lieu
L'espace public numérique est au calme plat ce vendredi matin. Il sert plutôt de bureau pour l'équipe de stagiaires et de volontaires en mission de service civique au sein du CSC.
On passe rapidement dans le boc@l, haut lieu de la bricole maugeoise. Un atelier de couture a lieu en ce moment, auquel 5 personnes prennent part. Il y a des machines à coudre traditionnelles, mais également une brodeuse à commande numérique.


DIALOGUE AVEC MARTIN & YVAN, ANIMATEURS MULTIMÉDIA DU CSC CHEMILLOIS

Pouvez-vous nous dire où nous nous trouvons ?
« Nous nous trouvons à Chemillé, en plein territoire rural entre Cholet et Angers. Plus précisément dans les bâtiments investis par l'association du Centre Social et Socioculturel du Chemillois qui intervient auprès de la communauté de commune du Chemillois, soit 12 communes. »
« Le président du CSC dans les années 85-90 était un passionné d'informatique, c'est lui qui a poussé à s'intéresser au numérique. Déjà à l'époque un vieux Commodore était mis en accès libre dans un bureau ! Cette curiosité a préfiguré la mise en place d'un EPN qui s'est installé en 1998 dans les murs, à la place de la bibliothèque. On passe alors d'un lieu d'accès au savoir papier à un autre lieu d'accès au savoir, mais en ligne cette fois-ci.
Aujourd'hui, l'EPN est un secteur transversal au sein du CSC. Il profite des nombreux services dans les nombreux secteurs du centre. »

« Il y a trois ans, nous avons totalement transformé l'aménagement de l'EPN. La rosace a disparu pour laisser la place à un open-space qui facilite la mobilité ainsi que les projets sans ordinateur. On est passé d'un EPN classique à un espace plus adapté au travail manuel et collaboratif. »
« Cette salle sera peut-être amenée à être à nouveau transformée en une salle de formation dans un avenir proche et la partie accès libre sera déplacée dans l'espace ressource actuel qui va devenir une MSAP (Maison de service aux publics). »

Quelles activités sont proposées ici et qui les anime ?
« L'EPN est ouvert toute la semaine sur différents créneaux et il y a trois personnes qui animent le lieu : Martin (en emploi d’avenir), Yvan (en CDI) et Gauthier (en service civique). On peut vous présenter une semaine type :
Le lundi midi il y a des interventions dans un collège de Chemillé pour faire de la robotique libre et le lundi soir et jeudi soir, il y a des bénévoles qui font des accompagnements à la scolarité informatisée sur place dans l'EPN.
Le mardi matin, un animateur accueille qui le souhaite de 9h à 12h pour des accompagnements sur les usages et les outils : apprendre à utiliser libre office par exemple.
L'après-midi un animateur part sur un TAP de 45min en extérieur. 12 à 20 élèves sont présents et on propose divers thèmes d'atelier : radio pédagogique avec une malle radio. La production est rediffusée sur RadioFréquenceMauge.com. Les TAP changent de thèmes régulièrement, parfois c'est robotique, court-métrage, etc.
Ces TAP sont pour nous l'occasion de prototyper des animations, afin de les partager – si on les trouve pertinentes et suffisamment abouties – avec d'autres animateurs sur le Chemillois qui n'ont pas forcément de compétences numériques. Il existe 8 « MalTAP » : des mallettes pédagogiques avec supports et outils adaptés que l'on peut prêter ou louer dans le cadre d'interventions pédagogiques. »



« Le mercredi matin, il y a encore un créneau d'accueil ouvert et d'accompagnement identique à celui du mardi matin. Le mercredi après-midi de 14 à 18h, des collégiens viennent pour faire des jeux en réseau, essentiellement Mindcraft.
Puis on leur propose une pause foot ou billard et on reprend à la suite, mais pas dans le jeu, plus dans l'expérimentation, la découverte : ils se mettent alors à utiliser la découpe vinyle, etc. C'est un temps très créatif et qui dépasse le cadre de la médiation numérique pour aborder la question du bricolage, du fablab. Cette partie là a lieu dans ce que l'on nomme le Boc@l : un local de bricolage local, avec le @ pour numérique que l'on a monté de toute pièce et qui se trouve dans une partie attenante à « l'usine », une ancienne fabrique récupérée par le centre il y a plusieurs années et qui se trouve face à nos locaux.
Le jeudi matin, c'est l'échange de savoirs informatiques, un temps plutôt entre adultes bénévoles, qui se partagent des trucs et astuces. On compte à peu près entre 8 à 10 personnes par séance.
Les samedi matins l'EPN est également ouvert. C'est alors les samedis makers, pour un jeune public de 8 à 11 ans. De 10h à 12h on travaille sur des outils numériques en partenariat avec le jardin Camifolia, pour préparer des dispositifs numériques pour une exposition. C'est une façon de découvrir le numérique avec un projet concret et une date de livraison. Un article est écrit à la fin de chaque session et alimente un carnet de bord, ça permet de montrer aux parents ce qu'ils ont fait dans la matinée. »

« En résumé, on fait de moins en moins de formation aux outils et aux logiciels, on demande à ce que les personnes posent des questions de plus en plus précises. On propose moins de la formation stricto sensu que de l'accompagnement personnalisé. Excepté une formation de 10 séances de deux heures intitulée « Initiation à l'informatique ». C'est une formatrice externe qui est dédiée à cette mission. Comme il n'y a pas de subventions liées aux formations numériques (car nous avons forcement une ligne budgétaire;) )  numérique au sein du CSC, il faut que nous puissions trouver des financements propres. C'est pour cette raison entre autres que cette formation est payante, à hauteur de 110€ dans son intégralité, qui peuvent être pris en charge par des fonds de formations professionnelles. Il y a 4 sessions par an et nous comptons sur 10 personnes par session. »

Qui sont les usagers du lieu ?
« Des scolaires de 8 à 11 ans le samedi, puis des collégiens le mercredi, des adultes le reste du temps. Pas mal de personnes en recherche d'emploi, en orientation professionnelle, des jeunes retraités aussi pour l'échange de savoirs. C'est très varié dans l'ensemble, c'est le public qui vient au centre social. Comme il y a du passage dans le centre, le cyber bénéficie de cette affluence de personnes »


Quelles seraient votre ou vos spécialités ?
« On est vraiment dans une dynamique de projets portée par les habitants citoyens. Les programmes émanent autant de l'équipe du CSC que des adhérents bénévoles. C'est le cas par exemple d'un adhérent bénévole qui est venu depuis Bordeaux dans les mauges pour un stage et qui nous anime les jeudis des ateliers Arduino.
La partie cybercentre & bricolage s'est scindé en deux et il existe un espace spécifique aujourd'hui pour le bricolage, ce qui dénote par rapport aux cybercentres plus classiques.
Désormais le poste d'animateur multimédia se confond avec celui de fab manager. C'est moins une position de sachant, on laisse plus de place aux adhérents. La circulation des savoirs est plus fluide et se fait directement entre les personnes. Notre rôle est moins de dire des choses aux gens que de tisser du lien entre les personnes du territoire, créer du réseau. »

« On est au sein d'un CSC dynamique, à côté de la porte du cybercentre, il y a un relais assistante maternelle, un pôle-emploi formation, etc. beaucoup de Chemillois passent par là et croisent forcément le cybercentre. C'est un sacré avantage d'avoir un EPN au sein d'un tel lieu socioculturel en termes de fréquentation et de diversité.
On travaille beaucoup avec le territoire, on connaît très bien l'écosystème local et on cultive les partenariats locaux. »

Utilisez-vous la carte des espaces de médiation numérique en région ?
« On ne l'utilise pas au quotidien. On peut dire par ailleurs que c'est extrêmement intéressant quand on échange avec les élus, car ils pensent qu'on est les derniers EPNs du monde. Ça permet de leur montrer qu'il en existe d'autres sur le territoire. »

Quel message à faire passer au réseau de professionnels ?
« Aujourd’hui on se pose la question : Que peut-on proposer comme activité aux jeunes qui viennent dans notre EPN ? Comment ça se passe ailleurs ?
Nous pensons que le travail de médiateur numérique ne doit pas se limiter à un accès internet, mais doit incarner un travail d'utilité sociale capable d'augmenter le pouvoir d'agir des habitants : un EPN doit être un lieu d'éducation populaire. Il est important d'adapter son EPN à son territoire, ne pas être « hors sol », il faut créer des partenariats locaux pour être un EPN proche des problématiques locales. »



Quel message à faire passer aux décideurs ?
« Le brillant c'est bien beau, les fablab, etc. mais les fractures numériques existent encore sur les territoires et elles sont de plus en plus discriminantes ! Il faut plus soutenir un numérique au service du social. Aujourd'hui le numérique c'est un bien commun, quand on n'y a pas accès, pour trouver un emploi ou remplir sa feuille d’impôt, ça devient très compliqué. Sans le numérique rien n'est simple, et avec le numérique tout est plus complexe. »
« On voit des personnes très éloignées, car ils n'ont pas de culture numérique, de connexion internet... On a besoin d'écrivains publics du numérique, pour accompagner, pas pour faire le travail à la place des autres. Ce sont les missions des MSAP. »