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IMMERSION EN ESPACE PUBLIC NUMÉRIQUE #12 : UNE MÉDIATHÈQUE QUI LIE CULTURE ET NUMÉRIQUE

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Au sud de la Vendée, la ville de Luçon, siège de la nouvelle communauté de communes Sud Vendée Littoral, héberge la médiathèque Pierre Menanteau. Ce lieu culturel et littéraire est un espace d'échange ouvert à l'expérimentation autour des usages du numérique.

DIALOGUE CROISÉ AVEC DORIANE QUECHON, MÉDIATRICE NUMÉRIQUE DE L'ESPACE PUBLIC NUMÉRIQUE, ET SYLVIE PIERRON, DIRECTRICE DE LA LECTURE PUBLIQUE DE LA MÉDIATHÉQUE

Bonjour, pouvez-vous nous dire où nous sommes ?

D.Q : Nous nous trouvons à la médiathèque Pierre Menanteau à Luçon. Nous faisons partie du réseau des médiathèques de la communauté de communes Sud Vendée Littoral.

S.P : J'ajoute que, depuis un an, nous sommes tête de réseau d'un projet de lecture publique qui s'étend aux 44 communes de Sud Vendée Littoral, dans une zone très rurale. L'expérimentation qui a lieu ici se veut utile à tous le réseau : nous sommes en effet le seul lieu du réseau qui soit ressource sur le numérique.

Quelles activités sont proposées ici et qui les anime ?

D.Q : Je suis la seule à travailler sur le numérique dans la médiathèque, je suis là depuis octobre 2016. Je dirais que l'accompagnement est le cœur de mon métier.

Nous avons lancé les « coups de pouce » pour les personnes abonnées du réseau : une heure d'accompagnement en individuel, quatre fois par semaine, avec le matériel des usagers ou le nôtre.  Il s'agit de comprendre ce qui bloque les gens, les difficultés qu'ils rencontrent. Les problèmes tournent essentiellement autour des boites mail, des tablettes, des photos à retoucher… On accompagne les personnes mais on ne dépanne pas les machines, je ne suis pas informaticienne !

Une fois par semaine, il y a des ateliers thématiques d'1h30 pour aborder des questions techniques ou de culture numérique : faire une recherche sur internet, télécharger un livre, écouter de la musique en ligne, etc.

Je vais aussi mettre en place des animations autour des tablettes, pour lesquelles nous espèrons attirer un public plus jeune.

Enfin, il y a les soirées thématiques autour de la culture numérique. La première, organisée ce soir, est un temps d'échange sur la lecture numérique avec Bruno Méraut ancien animateur multimédia à l'EPN de Baugé (49).

S.P : Nous avons parfois le sentiment que la culture numérique est assez absente sur ce territoire et qu'il faut créer le besoin. En tant que bibliothèque nous ne sommes pas repérés par le public comme étant acteurs du numérique : c'est quelque chose que nous devons améliorer.  

Qui sont les usagers du lieu ?

D.Q : Les temps d'accompagnement et d'ateliers ont lieu en semaine et en journée : ce sont donc souvent des personnes à la retraite ou en recherche de travail. Il y a également des adultes en situation de handicap qui viennent via le SAVS (antenne de ADAPEI) sur les temps ouverts du mercredi et du samedi.

S.P : Ce qui manque sur notre territoire c'est un outils de diagnostic pour évaluer les besoins de la population en terme de numérique afin de les orienter vers l'interlocuteur adéquat. Par exemple, les organisme sociaux comme Pôle Emploi sont en recherche d'orientation de leur public sur des questions informatiques mais nous, nous ne répondons pas complètement à cette demande.

Quelles est votre ou vos spécialités ?

D.Q : Nous sommes dans une médiathèque donc nous relions toujours notre offre à une dimension culturelle. Le but d'une médiathèque c'est de rendre accessible la culture : nous pensons que c'est tout aussi important de rendre accessible la culture numérique. Le numérique est un nouveau support pour la culture et je pense qu'il faut l'aborder sous cette angle là au sein des médiathèques.

S.P : J'ajouterais que le numérique est utile pour l'accès à la culture car il favorise le partage de connaissances et le développement d'une « citoyenneté éclairée ». Sur ces deux aspects les bibliothécaires ont un rôle important à jouer pour accompagner les usagers dans leurs recherches d'informations, si importantes dans le monde en ligne !



Te souviens-tu, Doriane, d'une anecdote particulièrement marquante dans le cadre de ton travail de médiatrice ?

D.Q : Je me souviens d'une fois où une personne très anxieuse et qui semblait mal connaître l'informatique est venue. Elle voulait consulter son adresse mail Google. C'est ce que nous avons fait mais aussitôt après elle s'est mise à répéter : « maintenant je veux aller sur mon adresse Google ». C'était impossible de lui faire entendre que son adresse Google était son adresse gmail ! Une situation vraiment kafkaïenne !
L'informatique est tellement abstraite parfois qu'il faut sans cesse trouver des exemples concrets pour l'expliquer, faciliter l'appréhension par les personnes.

Qu'est-ce qui te motive dans ton travail ?

D.Q : Mon profil à la base était plutôt orienté médiation culturelle. Rendre accessible la culture à tous, en s'adaptant à chaque public, est pour moi une véritable vocation. Aujourd'hui je suis médiatrice numérique mais au fond la démarche est la même : rendre accessible la culture numérique au plus grand nombre.
Bien sûr, il faut s'y connaître en numérique et je me forme tous les jours, mais je reste persuadée qu'il faut privilégier la pédagogie à la technique dans nos métiers.

Si demain vous aviez tous les moyens disponibles, quel projet proposeriez-vous dans votre lieu ?

D.Q : Nous avons envie de créer plus de liens avec les structures existantes sur le territoire des 44 communes de la communauté de communes. Nous pourrions imaginer constituer un réseau, une association, pour mutualiser les énergies et les moyens ! Plus de place, aussi, pour pouvoir proposer des animations de type repairs café.

S.P : Il y a déjà la transformation de mon bureau en futur espace numérique ! Mais si nous avions les moyens il n'y aurait pas une animatrice numérique mais une armée ! Il faudrait un numéribus intercommunal : un bus qui tourne en permanence sur les communes pour former les gens, puis pour former des médiateurs.

Quel message souhaitez-vous faire passer au réseau de professionnels ?

D.Q : Rencontrons-nous ! Proposons-nous des immersions les uns chez les autres. Construisons une plateforme pour que chaque compétence soit visible et que l'on puisse contacter les EPN en fonction de nos besoins.

S.P : Il faudrait construire avec le public : Que peut-on construire ensemble ? Au service de quoi travaille-t-on ? Actuellement nous avons le sentiment de travailler complètement à l'aveugle en terme de sujets, d'horaires, de formats.

Quel message souhaitez-vous faire passer aux décideurs ?

D.Q : Il serait intéressant de mettre en place des enquêtes pour connaître les besoins des usagers en terme d'accompagnement aux usages numériques, comme cela a été fait pour la santé par exemple.

S.P : Ce dont nous sommes de plus en plus convaincus, c'est que nous n'avons pas tant besoin d'outils, mais surtout de médiation ! Ce qui semble totalement évident pour la lecture doit aussi être dopté pour le numérique.


SUR LE TERRAIN : BRIBES D'ATELIERS

Il est 11h : c'est l'heure du « Coup de Pouce », l'accompagnement individuel. Françoise arrive. Elle vient une fois par mois, très satisfaite du suivi proposé par la médiathèque. Elle a préparé toute une liste de questions.
Dans un premier temps, il lui faut retrouver son mot de passe pour finaliser son dossier de retraite sur le site de la CARSAT.
Françoise : « Je suis désemparée quand je sors du cadre, ah quelle horreur ! ah la poisse ! »
Françoise est très anxieuse, car elle ne se souvient plus de son mot de passe pour accéder à son compte (créé et mémorisé une fois lors de la création de son compte).
Doriane la rassure et l'aide à le réinitialiser en utilisant sa boite mail, cela va prendre dix minutes, le temps de récupérer un mail de la part de la CARSAT.

Pendant ce temps, Françoise nous raconte qu'elle a réussi à préparer un powerpoint pour les fêtes de fin d'année et qu'elle l'a présenté à sa famille.Un grand moment de fierté pour elle, mais très légèrement tiédi par une remarque d'un de ces enfants :
Françoise : « On m'a dit qu'il y a des powerpoint qui existent déjà et qu'on peut reprendre »
Doriane : « Des modèles vous voulez dire ? »
Françoise : « Oui, car j'ai fait un powerpoint pour Noël pour diffuser des photos de famille et mes enfants m'ont dit : tu sais il existe des modèles dont tu aurais pu te servir ! Ils sont gonflés quand même. En tout cas j'ai pris du plaisir à le faire ! »
Doriane montre alors à Françoise les modèles directement inclus dans le logiciel.

Enfin, son nouveau mot de passe arrive par mail. Françoise se sent libérée ! Avant de lâcher laconiquement :« Le monde virtuel me dépasse, de toute façon on a pas le choix ! ».



En poursuivant sa liste de questions, nous arrivons à la rubrique culture, enfin ! Car Françoise recherche un CD rare d'Anne Sylvestre. Il n'y a pas de disquaire dans la commune alors elle a décidée de se tourner vers Internet et les services en ligne, comme la Fnac ou Amazon. Doriane trouve facilement l'objet recherché mais Françoise est réticente à l'idée de laisser ses coordonnées bancaires en ligne...
Elle se pose beaucoup de questions sur la sécurité en ligne. S'ensuit alors un petit échange qui convient que lorsque nous utilisons une technologie, les bons côtés viennent avec les mauvais et nous ne pouvons pas choisir entre les deux aspects. Nous utilisons des services en ligne, ce qui est très pratique et rapide, nous donnons des données personnelles et puis un jour on entend aux infos qu'une base de données de la dite entreprise a été piratée et que les données clients ont été volées. Ça arrive, parfois, ce sont les risques liés à ces technologies. C'est une bonne chose de les connaître afin que chacun puisse alors faire ses choix consciencieusement.

La liste des questions n'est pas terminée alors Doriane donne rendez-vous samedi matin à Françoise pour la suite !

À 14h, c'est au tour de Michelle.
Michelle : « Doit-on éteindre sa box wifi la nuit ? »
Doriane : « Pour le wifi et les ondes ça peut être utile, pour la consommation électrique aussi... »
Michelle : « Oui, mais non moi je veux savoir si ça pose un problème pour la box, si ça risque de l'endommager ! »
Doriane : « Et bien ça coupera votre téléphone mais ça n'abîme pas la box. »
Michelle : « Ah bon ben très bien. »
Puis :
« J'ai confondu le logiciel pour nettoyer mon ordinateur avec mon moteur de recherche ! Parce que Facebook j'arrive pu à y aller ! »
Doriane : « Ah et bien justement c'est votre logiciel de nettoyage qui a vidé l'historique de votre navigateur et a fait disparaître Facebook de vos liens en mémoire ! »


MATÉRIEL À DISPOSITION

L'espace numérique de la médiathèque comporte :
- 4 postes à disposition du public, en usage libre, pour une heure d'utilisation par personne
- 2 tablettes en libre accès
- 12 liseuses empruntables pour 4 semaines contenant une cinquantaine de titres du domaine public grâce à l'offre e-medi@ : la médiathèque numérique départementale qui rassemble plus de 900 ouvrages