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IMMERSION EN ESPACE PUBLIC NUMÉRIQUE #11 : L'ASSOCIATION AIDAL, ENTRE CYBERCENTRE ET BRICOLAB

Actualités
Le 30 novembre 2017, nous nous sommes rendus à l'est d'Angers pour découvrir l'association l'AIDAL. Nous y avons découvert un lieu à plusieurs facettes, entre ateliers d'initiation au numérique, réparation et fablab. Vous nous suivez ?


SUR LE TERRAIN

Un peu d'Histoire

Aujourd'hui, nous nous rendons à Corné, dans le département du Maine-et-Loire. Corné n'est plus vraiment Corné, mais plutôt «  une ancienne commune française (…) devenue le 1er janvier 2016, une commune déléguée de la commune nouvelle de Loire-Authion ».

Cette commune nouvelle de Loire-Authion possède un réseau de sept médiathèques, toutes accueillant les médiateurs numériques de Corné au moins une fois dans la semaine à tour de rôle !

Nous sommes aussi, et c'est important de le rappeler, en plein cœur du pays de la boule de fort, jeu typique de l'Anjou et qui consiste d'après Wikipédia « à lancer des boules pour s'approcher le plus possible d'un cochonnet (…) afin de marquer des points. La difficulté provient du fait qu'un côté de la boule est plus lourd (plus « fort ») et que les bords de la piste ressemblent à une section de gouttière. Les boules peuvent mettre plus d'une minute pour atteindre leur destination d'où des parties très longues, jusqu'à trois heures. ». Tout cela semble indiquer que, par ici, les difficultés sont souvent tournées en amusements. Une aubaine dans le cadre de la médiation numérique et de l'appropriation des technologies, au challenge parfois élevé !

Visite de l'Espace Public Numérique

L'espace public numérique de Corné est situé dans un ancien bâtiment, très beau, avec plafond haut, cheminée et tommettes au sol. Le bâtiment est partagé entre l'École de musique de la commune et l'association AIDAL qui anime l'EPN.
La partie réservée à l'AIDAL est elle-même séparée en deux pièces. La première dédiée à la médiation numérique, constituée de deux rosaces, chacune équipée de quatre postes, tous en double boot : Ubuntu / Windows 10. Un mur avec tableau blanc est utilisé pour les projections lors d'ateliers.
La seconde pièce, située quatre marches au-dessus de la première, n'est autre qu'un bricolab improvisé dans, ce qui était jusqu'à il y a peu les bureaux des animateurs. On y trouve tout un ensemble de choses : depuis l'espace café jusqu'à des machines à commandes numériques essentiellement (imprimante 3D ou routeur à commande numérique). Et puis les bureaux des animateurs, toujours présents même si un peu plus débordés par le matériel de l'atelier.
Alors que dans la première salle règne une ambiance studieuse et lumineuse, cette pièce est un mélange de bonne humeur et de bric à brac.




L'atelier Astuces démarre à 14h30 ! Une après-midi à l'AIDAL

Trois personnes sont présentes pour bénéficier des conseils de Jean-Marie. Ce dernier explique en détail quelques trucs et astuces pour gagner du temps lorsqu'on est face à son ordinateur. Des commandes devenues automatiques et instantanées pour l'utilisateur aguerri, comme CTRL + Clic pour créer des onglets, ou CTRL + molette pour zoomer, mais qu'il est bon de présenter ou de rappeler aux nouveaux utilisateurs.
« La souris a été crée après le clavier, donc, sur un ordinateur, on devrait ne pouvoir s'en sortir qu'avec le clavier » explique Jean-Marie.
« La commande Alt + F4 par exemple est bien pratique pour fermer un logiciel, pas besoin de souris, mais attention ! Si vous la faites tout de suite vous risquer de fermer votre programme en cours. »
« Si on répète la commande, on ferme toutes les fenêtres jusqu'au moment où on éteint  l'ordinateur une fois tous les programmes fermés. »

Bribes d'ateliers :
« Si on veut regarder la météo d'une chaîne de TV sans avoir la publicité, alors on peut rechercher des replay ».
« De la même façon, on peut rechercher des podcast pour la radio. »
« Mais il y a aussi la vidéo sur les radios ! »
« Oui mais c'est une radio, normalement il n'y a pas d'image !? ».
« À quoi servent les podcasts ? On peut aller directement sur Google ? »
(…)
« On bascule dans une informatique par symbole. On utilise des symboles pour exprimer les paramètres, pour éteindre l'ordinateur, etc. Il faut arriver à décrypter ces symboles pour être à l'aise avec son ordinateur »
(…)
« Demain c'est pour le smartphone, y'a du monde ! »

Alors que l'EPN ferme ses portes pour aujourd'hui, c'est au tour du bricolab d'ouvrir les siennes.

Laurent est éducateur spécialisé, il accompagne Thomas, dans le bricolab.
Thomas souhaite faire une useless machine, une boite à rien comme il dit, ces fameuses boites en bois inventée par Marvin Minksy alors qu'il était au MIT. Elles sont équipées d'un interrupteur qui, lorsqu'il est enclenché, ouvre cette même boite, en fait sortir un bout de bois qui vient remettre l'interrupteur dans sa position originale et éteindre la machine. Cette idée de machine inutile à l'air de beaucoup amuser Thomas.
C'est aussi pour lui l'idée de croiser d'autres personnes, de tisser d'autres types de relations. À l'extérieur, Thomas aime bien réparer les vélos des copains. Boris lui propose aujourd'hui de découvrir l'impression 3D.
S'en suit une discussion sur l'actualité brûlante des fablabs et la pluralité de ce type de lieux en France : depuis l'Atelier du C01n de l'association Labomedia à Orléans jusqu'à la Casemate de Grenoble. Le fablab grenoblois vient alors de brûler et l'incendie criminel a été revendiqué comme étant un acte de libération de l'emprise des technologies. On échange alors sur Alphabet, l'obsolescence, l'appropriation ... Une façon de poursuivre l'exploration des technologies avec toute leur diversité et leur ambivalence.



Jacky arrive ensuite. Il est réparateur bénévole au Repair Café et spécialisé dans les vélos, la motoculture, etc. depuis ses 8 ans, quant il donnait un coup de main à son père qui tenait un magasin à l'époque ! Il habite dans une zone blanche, à 7 km du central. Enfin du bonnet. Enfin du noyau : toute cette partie peu visible et pourtant bien réelle des technologies. Le signal est trop faible quant il arrive chez lui et donc il n'a pas accès au réseau mondial Internet !
Il a connu AIDAL par le biais des permanences du cybercentre avant 2010 !



C'est au tour de Dominique de pousser la porte du bricolab. Il possède le même modèle de fraiseuse que celui de l'atelier et avec il fabrique un jeu en bois : le tactique, anciennement le toque en Mayenne. Un ancien jeu auquel il souhaite redonner vie.
Willy puis d'autres se joignent encore à nous puis nous partons alors visiter le futur lieu d'accueil du bricolab et de l'AIDAL dans … la caserne des pompiers de Corné ! Ce sera alors l'occasion de s'installer dans un espace de plus de 200m2 !.


DIALOGUE AVEC BORIS ANIMATEUR MULTIMÉDIA DE L'ESPACE PUBLIC NUMÉRIQUE DE CORNÉ

Peux-tu nous dire où nous nous trouvons ?

Nous sommes à Corné, plus précisément dans la maison des associations au sein de laquelle on trouve l'espace public numérique et l'École de musique.
Là, nous nous trouvons dans le Bricolab, un lieu apparenté fablab mais un peu petit pour l'instant (ce sont les anciens bureaux des animateurs).
La porte à côté c'est le cybercentre animé par l'association AIDAL depuis 2002, notamment via son secteur numérique « vl@n » . L'association AIDAL, Association des Initiatives pour le Développement de l'Animation et des Loisirs, a été montée en 1996 à l'initiative des élus pour accueillir les jeunes.


Quelles activités sont proposées ici et qui les anime ?

Une activité numérique assez diversifiée : ateliers d'initiation au numérique, type « premiers usages » (découverte tablettes, internet, etc.) sous la forme d'ateliers.
Il est à noter aussi que, depuis peu, le département Maine et Loire subventionne le dispositif « À portée de clic » à destination des demandeurs d'emploi et bénéficiaires des minimas sociaux. Le secteur numérique de l’AIDAL via Cyb’Anjou met en œuvre ce dispositif qui permet aux personnes éloignées de s'initier à l'informatique durant 8 séances de 3h.

Les temps en accès libres sont réservés aux sept bibliothèques de la commune nouvelle de Loire-Authion. C'est un des deux animateurs qui assure les permanences. Durant ces temps d'accès libres, il y a un accès aux machines, à Internet, la possibilité d'imprimer des documents, etc. Il y a également un accompagnement par les animateurs qui peuvent relayer en direction des ateliers qu'ils proposent durant la semaine.

Le bricolab est un projet de lieu de bricolage coopératif monté avec les habitants. Les usagers viennent quand ils le souhaitent pour travailler sur leur projet collectif ou individuel et/ou pour échanger. Il y a des temps de réunion organisés régulièrement pour avancer sur le projet. En ce moment par exemple on cherche un espace plus grand. D'ailleurs les adhérents sont invités à en visiter un avec nous ce soir pour donner leur avis et y réfléchir ensemble.

Des repairs café ont lieu depuis 2 ans sur Loire Authion. Ils mobilisent une vingtaine de réparateurs qui viennent quand ils veulent et peuvent, tous les seconds samedi de chaque mois.
On répare beaucoup de petit matériel, souvent des objets qui chauffent, avec une résistance type grille pain ou bouilloire. Mais aussi des vélos, des jouets, des pc, des téléphones, etc. Pas beaucoup de textile même si il y a trois couturières qui sont prêtes et disponibles pour accompagner là dessus. Depuis peu, nous pesons les objets qui sont réparés et du 11 mars 2017 au 11 novembre 2017 nous sommes à 220,35Kg sur sept Repairs Cafés, soit autant de moins à la déchetterie !

Une fois une dame nous a amené un réveil. On le répare puis elle s'écrie « génial, il est réparé, je vais pouvoir le mettre sur leboncoin ! ». On était sidérés ! Bon ce genre de situation n'est arrivée qu'une seule fois et l'objectif est bien entendu de montrer que l'on peut réparer ses objets afin de les réutiliser.

Nous faisons aussi du soutien aux initiatives locales pour accompagner des habitants ou institutions locales sur la mise en place d'outils. Par exemple l'année dernière, un couple de Corné a eu besoin de nous pour la mise en place d'un blog afin de préparer et raconter leur voyage en Roumanie en vélo !
On a aussi le cas d'une école primaire qui possède du vieux matériel informatique et qui nous a sollicité pour installer des OS  Primtux, une distribution GNU/Linux adaptée aux écoles et qui redonne vie au vieux pc.

En ce qui me concerne je suis à temps partiel depuis un an et demi, je me concentre sur les permanences, le bricolab, les repair café et la maintenance informatique.
Maxime lui, est  sur l'animation jeunesse à 80 % et 20 % sur le numérique. Il est présent au cybercentre dans le cadre d'ateliers, ainsi que sur du jeu vidéo avec les ados… Il fait le pont entre secteurs jeunesse et numérique.
Jean-Marie qui est à temps plein, est impliqué dans toutes les activités numériques de l'AIDAL, depuis le cybercentre jusqu'au bricolab.
Une quatrième personne va arriver en janvier à l'AIDAL pour gérer l'animation d'ateliers pour les plus de 60 ans « vl@n+ » et pour « À portée de Clic ».


Comment faites-vous le pont entre cybercentre et repair café ?

Une partie des bénévoles mobilisés sur les repair café étaient déjà présents dans le cybercentre : ils se sont d'office intégrés au projet de repair café et mis à donner un coup de main.
Nous sommes vraiment impatients d’avoir un nouveau local pour mixer encore plus les publics et faire que les gens se rencontrent !


Qui sont les usagers du lieu ?

Nos deux espaces sont vraiment tous public. Pour le cybercentre, c'est plutôt senior, alors que les repair café et le bricolab sont intergénérationnels, brassant tous les milieux sociaux, avec une majorité d'hommes quand même.
Maxime amène également des jeunes dans l'EPN, et puis il y a un éducateur qui vient avec des jeunes dans le bricolab.
Il y a dix ans on avait plein d'ados sur les accès libre, MSN oblige, maintenant on ne les a plus.


Quelles seraient votre ou vos spécialités ?

C'est un projet à dimension social. On ne cherche pas à viser les entreprises ou l'industrie, on est dans une démarche d'éducation populaire et du vivre ensemble.
Éducation populaire dans le sens ou nous essayons de désacraliser les nouvelles technologies pour le grand public, de favoriser le partage des connaissances et du savoir.
Vivre ensemble car notre projet est avant tout social et se veut être un moyen pour que les usagers soient en relation.

Nous essayons au maximum de faire la promotion des logiciels libres et on s'en sert le plus possible. Là où c'est compliqué, c'est pour les ateliers au cybercentre : il faut s'adapter aux usages des utilisateurs et ils utilisent massivement des ordinateurs sous Windows. Donc on l'utilise aussi pour être au plus proche des attentes...
Par ailleurs l'ensemble du parc informatique déployé (18 machines) dans les 7 médiathèques de Loire-Authion sont sur Ubuntu.


Qu'est-ce qui vous motive dans votre travail ?

L'aspect technologique ! On essaie d'être un peu plus en avance sur les technologies que la population en générale pour pouvoir leur faire essayer. L'idée c'est de pouvoir rendre accessible au plus grand nombre ces technologies. C'est ce que l'on défend !

Quel message à faire passer au réseau de professionnels ?

Sur le Maine et Loire, un réseau s'est constitué – CybAnjou – pour échanger sur un territoire local. Parcours Numériques c'est super bien, mais c'est presque trop large comme réseau. J'invite donc à constituer des réseaux locaux !

Quel message à faire passer aux décideurs ?

Nous disposons d'une convention triennale avec la commune mais les choses ont bougé depuis sa mise en place, comme l'ouverture du bricolab pas exemple. Nous espérons qu'ils pourront s'approprier facilement cette nouvelle proposition.
Plus largement, il faudrait que les activités développées dans les EPN soient considérées comme du service public! Au moins pour l'administration en ligne qui se développe alors que beaucoup de monde a du mal à faire avec. Et puis il y a une dimension sociale dans ce type de lieux, une entraide, qui paraît importante.